A quoi bon courir ?

A quoi bon courir ? Voila une question qu’on ne me pose pas directement, mais une réflexion que j’entends tout de même chaque jour. Et c’est, je l’admets, une question que je me pose moi-même — surtout quand il est 19h45, il fait nuit dehors, il pleut et il fait froid, et je suis sensé aller courir quelques fractionnés en solitaire au stade voisin…

C’est vrai, à quoi bon ? Courir c’est s’imposer des kilomètres à se faire mal avec rien d’autre à contempler que le paysage monotone des alentours d’un stade ; alors qu’on serait si bien assis dans un canapé à lire un bon livre ! Courir s’est se lever le dimanche à 7h30 pour affronter la pluie habillé comme un pingouin alors qu’on est si bien au fond de son lit. Courir, c’est s’infliger des blessures à répétitions, des talons enflammés, des ligaments arrachés, des fractures de fatigue, des douleurs au dos et partout où on n’imaginerait pas que vient se loger un muscle. En définitive, l’illustration même de ce que les anglo-saxons appellent self-abuse

Eh puis, si on vous dit « c’est une activité qui a la pureté de la simplicité de son équipement: une paire de chaussure suffit », n’en croyez rien ! D’abord les chaussures coutent une bonne centaine d’Euro pour un maniaque de la course à pied (nous le sommes tous), il faut des t-shirts techniques, des casquettes, des lunettes, bien sûr une montre « de course », un capteur cardiaque, et quoi d’autre ? Des chaussettes « spéciales running » (attention: la gauche est différente de la droite, n’allez pas les mettre à l’envers !), des manchons de compression pour les mollets, des genouillères, de quoi écouter de la musique, transporter son téléphone… et puis moult gels, boissons, crèmes et tout genre. De quoi justifier un budget de 500 à 1000 € par an si on n’y prend pas garde !!

Alors à quoi bon…?

La compétition, le plaisir de la victoire ? Balivernes ! Ça n’a de crédibilité que si vous êtes kenyan ou éthiopien, ou a la limite (pour les courses amateurs), si vous avez 22 ans et courez 5 fois par semaine depuis l’âge de 8 ans. A l’âge où tout le monde court (en gros, plus de 40 ans), la seule chance de gagner une coupe est en V5, c’est à dire catégorie + de 70 ans : si vous arrivez encore à courir à cet âge vous ne serez probablement pas plus de 3 dans la catégorie…

Si ce n’est pas pour le plaisir de la victoire, où est la motivation ?

Et pourtant, c’est bien dans la compétition que se trouve, à mon avis (ou tout au moins, pour mon humble cas), cette motivation. Comme vous le savez, j’ai prévu de courir mon deuxième marathon cette année, après le Marathon de Paris en 2015. Je cours également des courses plus courtes, la plupart avec mon club (Asphalte 94): des 10km, 15km, semi (21km), et puis les 20km de Paris chaque année.

Même si je n’ai AUCUNE chance de monter sur le moindre podium dans ces courses, il y a quelque chose qui me motive courses après courses, et entrainements après entrainements: ce qui me motive, c’est me dépasser. Ce n’est pas contre les autres coureurs que je cours, c’est contre ma montre ! Mon but est simple: être plus rapide que la fois précédente sur la même distance… Par exemple ce matin (31 janvier), j’ai couru les 10km de Thiais, et mon temps (44m11s) est légèrement meilleur que mon précédent sur le même parcours (44m58s). Voila enfin une satisfaction, et même une récompense des efforts dépensés ces derniers mois sur l’asphalte…!

C’est donc le dépassement de soi qui est le moteur du coureur. Mais cela n’est que la moitié de l’histoire ; en tout cas pour moi. Il existe un autre moteur, au moins aussi fort, qui donne tant de plaisir quand on court, en particulier les quelques courses amateur du week-end.

Je me rappelle de mon premier 15km couru à Charenton, en 2014. Quinze kilomètres, c’est une distance mal taillée. On ne sait pas s’il faut sprinter comme un 10km, ou s’économiser comme un semi-marathon de 20 ou 21km. Résultat: les défaillances sont nombreuses entre le 12ème et le 15ème kilomètre, quand le réservoir a vidé sa réserve…

Je me rappelle en particulier avoir beaucoup souffert cette année là sur cette course. J’entamais le 15ème et dernier kilomètre avec grande peine, quand un autre coureur s’est porté à mes cotés. Je ne le connaissais pas. Visiblement, il avait bien mieux géré son effort, et semblait bien plus frais que moi. Je me décidais alors de le suivre, espérant secrètement (et bien naïvement !) être capable de m’accrocher à sa foulée, voir même de le dépasser dans la dernière ligne droite !

Me voici donc soufflant et suant comme un sanglier, accroché à ses chaussures. Le combat est terrible mais bien inégal, puisqu’il gagnait bien 10cm à chaque foulée, et semblait devoir me lâcher définitivement si je ne jetais pas toutes mes forces dans la bataille. Nous étions donc au coude à coude dans la dernière ligne droite, mais je sentais mes forces m’abandonner définitivement, tandis que mon adversaire du moment semblait flotter sur le bitume…

Le dernier hectomètre s’annonçait, et je ne pouvais que rendre les armes et lacher prise, face à un adversaire bien supérieur. C’est alors que j’entends ce même coureur, parfait inconnu et dont la mini-victoire était maintenant certaine, me crier: « Aller vas-y, accroches toi ! » Lui qui avait toutes les raisons du monde de ricaner de ma défaite, il m’encourageait à ne pas le lâcher sur ces derniers mètres…!!

Nous sommes arrivés ensembles sur la ligne d’arrivée, et nous sommes tombé dans les bras dès celle-ci franchie. Je ne le connaissais pas, il ne me connaissait pas, et je ne l’ai jamais revu. Nous étions en lutte au coude-à-coude, et sa réaction a été de m’encourager à ne pas le laisser gagner ! Une très grande leçon pour moi…

Le voila donc, ce second moteur propulsant la motivation à courir. Contrairement au premier, il ne s’agit pas du simple plaisir égoïste de se dépasser : c’est l’humble solidarité que les coureurs partagent. Nous sommes tous là avec nos forces et nos faiblesses, et au-delà de sa propre performance, ce que nous avons à partager est l’encouragement mutuel dans l’effort, pour aider les autres coureurs à dépasser ses propres limites…

Dépassement de soi, solidarité… la course à pied n’est-elle pas finalement un bon résumé de ce qui nous rend humain !?

-Nicolas

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2 commentaires pour A quoi bon courir ?

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