Mon premier marathon, récit….

« Si tu veux courir, cours un kilomètre. Si tu veux changer ta vie, cours un marathon » — Emil Zatopek

Il y a 6 jours j’ai couru mon premier marathon comme vous le savez peut-être. Comme le dit le grand Zatopek, une épreuve unique, une expérience inoubliable; on ne court qu’une seule fois son premier marathon ! Ceci est le récit le plus fidèle possible (et peut être un peu long) de cette expérience.

Vous avez peut-être vécu en primeur les 2 derniers mois de ma préparation, avec mes période d’euphorie et de doutes, d’espoir et de blessures… Ce furent au total 6 mois faits principalement de sorties nocturnes dans le froid, à courir tout seul au Stade Élisabeth (le seul éclairé et ouvert après 20h !) Et finalement… de très bons souvenirs !

Vendredi 10 Avril

Sortie-10avril

Les 36 heures précédant le début de mon marathon sont nettement moins intenses que les mois précédents — période de repos oblige. J’ai juste fait vendredi une petite sortie de 20’ au Parc Montsouris pour tester ma nouvelle montre !

Samedi 11 Avril

Panoplie

Veillée d’armes: préparer son déguisement, s’apprêter à se coucher tôt et… manger des pâtes ! Mon dernier diner est roboratif à défaut d’être gastronomique.

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Dimanche 12 Avril

Réveil à 6h30, histoire d’avoir tout le temps pour me préparer, prendre mon petit déjeuner, et me rendre Avenue Foch.

Dernier-repas

Mon dernier repas avant la course est une espèce de mixture « à base de fruits rouges » (celle « au chocolat » était encore plus immangeable) : un gâteau qui se prépare… au micro-onde ! avec une telle recette, ça ne peut qu’être un sommet culinaire. En même temps, le but n’est pas de me régaler mais de me caler avec une substance qui me délivrera de l’énergie pendant les 6 heures à venir !

7h15

Direction le champs de bataille: Place de l’Etoile. Le métro commence déjà à être rempli de marathoniens. Facile à reconnaitre: ils ont des chaussures de course, souvent un dossard sur le ventre; le regard au loin… et de toute façon, il n’y a personne d’autre dans le métro un dimanche à cette heure-ci !

7h45

Arrivée Place Dauphine. On emballe tout ce qui ne servira pas pendant la course dans un sac, et on le confie à la consigne.

Une fois ceci terminé (ça prend 5’, surtout à cette heure-ci), il reste à… attendre. Attendre en buvant de l’eau bien sûr (et un peu de café, pour les inconscients comme moi), car il faut s’hy-dra-ter ! Une mini-bouteille, une autre, ça passe le temps.

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Une chose me frappe quand je regarde les autres coureurs (de toute façon il n’y a que ça à regarder) : ils sont tous comme moi, à passer le temps. Beaucoup boivent (de l’eau !) comme moi, prennent des selfies, certains s’oignent de gels improbables (baume du tigre ou élixir de l’abbé Longrun), mais c’est finalement le sentiment de veillée d’arme qui est le plus prégnant.

Et même plus que de veillée d’arme: nous sommes tous (54 000 !) comme des parachutistes dans le transall, attendant le largage. Nous savons que, bien que tous bien vivant et au top de notre forme (ou presque), tous ne rentreront pas de la mission, et que même ceux qui rentreront seront probablement sévèrement atteints physiquement. Un sentiment étrange dans le regard échangé : « Et toi, comment seras-tu dans 5 heures, après l’épreuve ? »

8h45

Il est temps de se mettre sous les ordres du starter. Ou plutôt, d’aller faire la queue sur les contre-forts des Champs Élysées, pour attendre que le sas des 3h45 ne s’ouvre. Le départ est en principe à 9h15, mais le sas n’ouvre qu’à 9h. Pas de panique, tout le monde partira !

9h00

Ça y est, je suis dans le sas. La ligne de départ est en vue… 100 m devant moi (et 5000 coureurs entre moi et cette ligne). Pas de panique, de toute façon, c’est le moment où je franchirai cette ligne qui comptera dans le calcul du temps.

C’était couru d’avance: à force de m’hy-dra-ter, j’ai la vessie pleine ! Comment courir 42 km avec l’envie de faire pipi ? Im-po-ssible ! Heureusement, dans sa grande expérience, ASO (l’organisateur) a prévu des rangées de toilettes directement dans les sas (donc juste avant la ligne de départ). De quoi se soulager. Ouf ! Ce sera toujours un kilo de moins à transporter…

Il est temps d’allumer mes gadgets électroniques. Je n’en manque pas: une montre GPS, pour surveiller en permanence ma vitesse instantanée et moyenne ; mon téléphone, dont j’active également le GPS afin de partager en direct ma course (des fois qu’il y ait quelqu’un dans le cyber-espace que cela intéresse); des écouteurs bluetooth pour écouter la musique de mon téléphone pendant que je cours.

…et justement, surprise ! Mes écouteurs sont déchargés, alors que je pensais les avoir chargé il y a 2 jours. Je les ai probablement laissés allumés et ils se sont vidés. Tant pis, je courrai sans musique. Ou plus exactement: avec la musique des orchestres, qui sonorisent la course tout au long du parcours. Je me retrouve juste avec mes écouteurs inutiles et bringuebalants autour du cou — c’est ballot !

9h15

C’est parti ! Du moins, c’est parti pour les coureurs du sas des 3h45 (donc moi) qui sont près de la ligne départ (pas moi). En attendant que le flot des coureurs devant moi ne s’élance, je m’approche peu à peu de la ligne de départ.

9h25

La porte du transall s’ouvre, et c’est parti ! Eh oui, c’est parti pour moi !! Croyez moi, ces premiers 100m sont une expérience inoubliable. Non pas que les Champs Elysées soient particulière beaux ou la foule particulièrement joyeuse (ils le sont), mais c’est le moment ou je ressens vraiment que ça y est ! J’en rêvais depuis 6 mois, j’ai couru plus de 100 heures, plus de 1000 km pour me préparer, et ces premiers hectomètres sont la récompense, immense. Les larmes me viennent aux yeux tellement je suis heureux d’être là, au milieu de ces coureurs partageant le même rêve idiot : courir 42,195 km !

Parcours

Premier kilomètre

Je descends doucement les Champs Élysées. Eh oui, on ne s’en rend bien sûr pas compte en voiture, ni même à pied, mais les Champs descendent quand on va vers l’Est …et c’est pour cela que j’y vais tout doucement ! Mon coach m’a briefé et re-briefé : ne pas m’emballer, même et surtout dans les premiers kilomètres. Mon rythme c’est 5’20 du kilomètres. Je me le suis même tatoué sur l’avant-bras pour ne pas l’oublier.

Et puis de toute façon, le sentiment en parcourant ce premier kilomètre est tellement délicieux que je n’ai qu’une envie: qu’il dure une éternité !

Cinquième kilomètre

Tout va idéalement bien. Je suis bien, je cours l’œil sur ma montre pour réguler mon rythme au cordeau. Tout baigne.

Attention tout de même: le 5ème kilomètre, c’est le rendez-vous avec La Bastille. Et à La Bastille, c’est le rendez-vous avec ma sœurette. Elle est sensée être là pour m’encourager, avec mon neveu. Nous avons convenu de nous retrouver sur la droite de la route (la course à pied, c’est comme un pénalty : il faut choisir son coté avant le coup de pied !)

Cependant, petit souci: mon quart d’heure de piétinement avant de m’élancer retarde tout mon timing de rendez-vous d’autant. Résultat: ceux qui m’attendent à 9h45 doivent patienter un quart d’heure de plus pour me voir — s’ils ont la patience. Autre problème: il y a BEAUCOUP de monde pour applaudir les coureur à La Bastille. C’est super mais… je ne vois pas ma sœurette dans la foule !

Et avec tout ça, ça ne rate pas: je rate le ravitaillement des 5 kilomètres !! Pas grave me direz-vous: ce n’est pas après 5 km que j’ai soif ou besoin d’énergie… erreur ! Tout le monde vous le dira: il faut s’hy-dra-ter et s’alimenter dès le premier ravitaillement. Aie, aie aie !

Septième kilomètre

Il y a un dieu pour les coureurs tête en l’air qui ratent leur premier ravitaillement. ASO, dans sa sagesse d’organisateur, a disposé à ce kilométrage improbable une brochette de volontaires (un grand merci) armés de gobelets d’eau ! Pas facile de courir en buvant un gobelet d’eau, mais on s’en fiche (ma maman ne dira rien si je renverse un peu d’eau) — j’ai mon ravitaillement. Alléluia !

Dixième kilomètre

C’est l’entrée dans le bois de Vincennes. Je suis toujours super bien. L’œil sur le chrono, la voix de mon coach dans la tête (« 5’20 au kilo, toujours tu courras ! ») Oui Daniel !

Gel

J’attaque mon premier gel énergétique. Le gel, c’est un petit tube contenant une substance au goût bizarre et franchement sucré qui est sensé apporter ce qu’il faut d’énergie pendant la course. Pour ma part, je m’en suis garni la ceinture — j’ai l’impression d’être un cow-boy avec sa cartouchière ! J’ai 6 tubes de gel, donc le régime c’est: un gel à 10km, à 15km, 20km, 25km, 30km, et au 35km ! (après, plus de gel, j’ai de toute façon prévu de confier mon âme à dieu à ce moment là…) Le gel a un goût de lait concentré sucré mélangé à du coca. Sucré est le premier adjectif qui me vient en tête… mais pas mauvais. Bonne pioche !

Alerte ! Un souci physique !! Une lumière s’allume dans le tableau de bord cérébral, l’angoisse m’étreint: déjà !? Je regarde de près l’alarme : c’est le voyant d’envie de faire pipi ! Est-ce un faux contact, ou une nouvelle alerte, après celle du départ ? Hélas, c’est bien réel : les litres d’eau que j’ai bu avant la course continuent à circuler dans mes reins, et à atterrir dans ma vessie. Problème: cette fois-ce je ne suis plus en train d’attendre les bras ballants l’ordre du starter !

Il y a un dirty secret que peu de gens savent: courir un marathon, ça veut dire abandonner tout ce qui nous relie à la civilisation et la bien-séance. Ne vous êtes jamais demandé pourquoi les vainqueurs des marathons sont TOUJOURS interviewés en plan américain (caméra cadrant au-dessus du bassin). Eh oui !

Mais ça c’est bon pour ceux qui courent les marathons en 2h05: leur maman de leur fera jamais aucun reproche s’ils se sont lâché en public, du moment qu’ils gagnent le marathon. Ce n’est pas du tout mon cas, donc il faut que je trouve une autre technique.

Heureusement, les premiers arbres du Bois de Vincennes s’annoncent. Et donc, ni une, ni deux, je m’arrête, et entreprends de me soulager au pied d’un marronnier. Je ne suis pas le seul d’ailleurs. Le seul problème est que je ne suis pas une formule 1, qu’on vidange en 7,5s; je suis plutôt du type mouton…

Une minute et 15 seconds plus tard, je repars donc, avec une bonne minute de retard au compteur ! Pas grave: on n‘est pas à une minute près (et j’ai le secret espoir de pouvoir rattraper mine de rien ce retard…)

Quinzième kilomètre

Je dépasse l’Hippodrome de Vincennes. Je remarque au passage les cyclistes qui tournent imperturbables sur leur parcours — où je suis allé parfois moi-même tourner par le passé avec mon beau fixe…

Ravitaillement — je n’en rate plus aucun ; gel (« gout agrumes » — on se demande où est l’orange ! Mauvaise pioche cette fois-ci, pas grave…)

Dix-septième kilomètre

Enfin le premier visage amical ! Non pas que les visages croisés (ô combien nombreux !) étaient hostiles, mais j’attends de croiser un visage amical ET connu. …et ce sont mes amis de l’Asphalte ! (le club de runners dont j’ai l’honneur de faire partie) Une partie est venu tout spécialement sur le bord de la route dans le bois de Vincennes pour encourager les coureurs du club (nous sommes une petite dizaine inscrits au marathon de Paris) Quel plaisir d’entendre les « allez l’asphalte », « allez Nicolas ! »

Jusqu’à présent, tout va bien.

Vingtième kilomètre

Si je me suis décidé un jour à courir à pied, c‘était pour pouvoir courir les 20 km de Paris de jour de mes 50 ans et me dire: « je l’ai fait ! » …et je l’ai fait ! Je me rappelle avant cette première « grande course » des angoisses que j’avais: serais-je capable de courir 20km, moi qui n’avais jamais couru que 10km ? Rétrospectivement, ces angoisses sont un peu ridicules, car quand on peut courir 10km, on peut courir 20km ! J’ai depuis couru plusieurs 20km, et même des semi-marathons (21km et des poussières) — la distance ne me fait plus peur.

Et d’ailleurs, je passe la flamme des 20km la fleur au fusil: tout va très bien, j’ai l’impression d’avancer avec le pied sur le frein pour ne pas me faire engueuler par mon coach à l’arrivée (pensez donc: je passe la marque des 20km en 1h47, alors que mon dernier 20km de Paris, je l’ai couru en 1h34 !!)

Vingt-deuxième kilomètre

Enfin de l’inconnu ! C’est mon premier 22ème kilomètre de course (même si j’ai déjà fait des sorties de 25km pour l’entraînement, mais croyez-moi ça n’est pas la même chose…) Je me sens comme un plongeur qui fait sa première plongée à 40m: rien de fondamentalement différent, mais le sentiment que maintenant c’est du sérieux (et si j’ai un pépin, il y a maintenant 40m de flotte au-dessus de ma tête…)

L’environnement est loin d’être inconnu: c’est le retour à La Bastille, par la face Sud cette fois-ci. La foule est ici compacte et impatiente, parquée derrière les barrières. Pourquoi autant de monde ici ? Est-ce parce qu’eux aussi, savent que tout commence ici ?

Il y a un grand virage devant le Génie. Tellement grand que tous les coureurs prennent l’intérieur, et passent à 30m des spectateurs parqués à l’extérieur du virage. Je me décide cependant à me faire un petit plaisir — après tout, c’est mon 1er marathon: je prends l’extérieur du virage, pour suivre les barrières, et taper dans les mains des plus enthousiastes ou des plus jeunes, qui piaffent de voir les coureur passer si loin. Quel plaisir de taper dans les mains des enfants le long de tout le parcours — un regain d’énergie à chaque fois dont je ne me lasse pas…

Vingt-troisième kilomètre

Enfin, la famille ! Ma sœurette, qui m’a raté au premier passage à la Bastille, a eu la patience de m’attendre pour m’apercevoir alors que je descends le Boulevard Bourdon. « Coucou Nicolas ! » « Coucou Alexandra! » C’est intense mais très bref. J’en suis presque gêné, en pensant aux dizaines de minutes attendues pour 2 secondes d’interaction…

C’est enfin de virage vers la Seine ! A partir de là, je connais le parcours… Eh oui, l’année dernière, j’ai servi de lièvre à un ami marathonien, Pierre, que j’ai attendu là et accompagné jusqu’à la ligne d’arrivée. Une expérience précieuse, car je sais déjà ce que je vais devoir courir (même si je ne me rends pas compte à quel point ce sera dur cette fois-ci…)

Vingt-quatrième kilomètre

Deuxième rendez-vous avec la famille. Les parents cette fois-ci. Sauf que… on ne se voit pas ! Pourquoi ? Aucune idée. Ce n’est pas la première fois qu’on se rate au niveau du Pont Marie. Tant pis.

Jusqu’à présent, tout va toujours bien.

Vingt-cinquième kilomètre

Ce sont des kilomètres avalés sur les quais, profitant du travelling exceptionnel : Ile Saint Louis, Ile de la Cité, Conciergerie, …et le tunnel du Châtelet (habituellement pris dans l’autre sens)

Juste avant de m’engouffrer dans le tunnel, j’entends un « Aller Nicolas ! » Est-ce pour moi ? Probablement pas, mais la voix est familière. Eh oui, quelques heures plus tard, j’apprendrai que c’était bien pour moi — merci Charlotte !

Courir dans le tunnel du Châtelet est étrange, mais je l’ai déjà fait. Les sons rebondissent sur les parois — il y a d’ailleurs un orchestre qui s’y est installé ! Étrangement une ambulance est stationnée au milieu du tunnel, immobile, bloquant la moitié de la chaussée — que fait-elle là ? Un blessé ?

Vingt-sixième kilomètre

C’est la sortie du tunnel — retour à l’air libre, et au soleil. Pas désagréable sauf que… pour sortir du tunnel, il faut monter une petite pente qui semble bien inoffensive en temps normal, mais qui tout d’un coup, semble moins anodine avec 26 km dans les pattes.

Et justement, les pattes commencent à chercher à se rappeler à mon bon souvenir. Sans crier gare, je sens alors que j’escalade la cote une méchante crampe dans la cuisse droite. Dix secondes après, la même crampe me prend la cuisse gauche… Une conspiration caractérisée !

Quand on a une crampe dans la jambe, pas de problème, il suffit de poser son pied contre une buttée, tendre la jambe et rester immobile en attendant que ça se passe …Mais quand on cours, comment faire ? Mystère !

Seule solution trouvée: continuer à courir, en priant le dieu des coureurs (qui n’existe pas, sauf à partir du 25ème km). Miracle ma prière est entendue: 3 minutes plus tard, les deux crampes sévères disparaissent comme elles étaient venus. Pour toujours ?

Vingt neuvième kilomètre

Voici qu’apparait le Trocadéro, et que se présente mon lièvre ! Eh oui, Fayçal, un ami du club, m’a proposé de jouer pour moi le lièvre sur les derniers kilomètres. Croyez-moi, une aide précieuse, comme les prochains événements le démontreront.

« Comment ça va ? » me demande-t-il alors qu’il emboite ma foulée, puis la devance. « Tout va bien ! ». Et c’est vrai que mis à part l’alerte du 26ème km, je me sens vraiment très bien, et même prêt à accélérer (surtout que je suis en retard sur mon plan de course — c’est donc le moment de sortir un « negative split » impérial !)

Fayçal, fort de son expérience de marathonien accompli (il a couru ce même marathon l’année dernière) me tance immédiatement: « calme toi ! » Il a ô combien raison, comme la suite l’a prouvé…

Trentième kilomètre

Le voila le fameux trentième km, synonyme du « mur du marathonien ». Pensez-y: nos ressources en glycogène s’effondrent là, péniblement remplacées en ressources hépatiques.

Dans la réalité, ce n’est pas aussi clair, ni aussi abrupte. Un petit check-up mental m’assure que finalement, ça ne va pas si mal. Je continue à m’alimenter régulièrement aux ravitaillements (et à m’hy-dra-ter), à coup de bananes, oranges, abricots secs, gels, et de ce point de vu là, j’ai l’impression de ne pas ressentir un épuisement énergétique. Seul souci: LE PIED (gauche). Je vous l’ai épargné depuis le début, mais la vérité est que l’aponévriosite est toujours là, et malgré l’endorphine qui essaye de la rendre négligeable, elle a bien l’intention de participer elle aussi à la fête !

En vérité, mon pied gauche commence à être de plus en plus douloureux. Un pas sur deux (celui que je fais avec le pied gauche), mon talon se rappelle de manière cuisante à mon esprit. Et j’ai le loisir d’analyser la douleur, qui évolue de plus en plus en sentiment de brulure intense dans la voute plantaire à chaque impact.

Ce n’est pas le moment de flancher, car c’est justement ici que j’ai rendez-vous avec ma femme et mes enfants. Une rencontre encore une fois ultra-brève, mais je les ai vu, et ils m’ont vu (et je crois que j’ai encore à ce moment là pu faire bonne figure)

Trente et unième kilomètre

Le cortège passe devant la Maison de la Radio, où j’ai juste le temps d’apercevoir des grévistes essayant vainement de faire lire leurs pancartes aux coureurs. Heureusement, les spectateurs seront probablement plus attentifs. Parmi ceux-ci, Emmanuelle, Paul et Jean-Roger, des amis en sortie spéciale pour m’encourager à ce point réputé critique !

Trente deuxième kilomètre

Alors que nous attaquons la Rue Molitor me vient une vision irréelle — et pourtant bien réelle ! ASO — cédant à la douce pression d’un de ses sponsors ? — a eu l’idée saugrenue de disposer, hors tout stand de ravitaillement, une table chargée de gobelets remplis d’un liquide rose phosphorescent (même en plein soleil). Fayçal plein de prévenance va m’en chercher un (à ce moment là, la curiosité l’emporte sur la lucidité). Il s’agit d’une boisson « énergisante », dont la composition semble mélanger trois ingrédients principaux: du sucre, du sucre et du sucre.

Et ce qui devait arriver arrive: les gobelets débordent, coureurs après coureurs, la boisson se répand sur la chaussée qui devient… collante. Et même très collante. Si vous entendez un jour un marathonien vous dire « j’avais l’impression d’être collé à la chaussée », dites vous bien que ce n’était peut être pas qu’une impression !

Trente cinquième kilomètre

Les choses se gâte très sérieusement ici. Croire qu’il y a un « mur des 30 km » au marathon est une illusion: ils l’ont construit 5km plus loin, mais il est effectivement bien là, avec ses miradors et ses barbelés !

Mon pied, poussé par l’aponévrosite, décide de passer à l’attaque. Douleur contre endorphine, le combat sera rude jusqu’à la fin — voire même sans merci. Un combat déséquilibré: le but de ma voute plantaire est de me faire arrêter sur le champs, alors que le reste de mon corps est tendu vers l’objectif de franchir la ligne d’arrivée — accompagné de mon pied gauche (ça aurait été trop simple de l’abandonner sur place…)

C’est là que j’ai appris après la course que mon ami runner Carl a abandonné, le genou liquéfié. Je repense aux visages des coureurs avant la course, lorsque nous nous disions tous: tout le monde n’y arrivera pas, mais j’espère que moi j’y arriverai. Carl n’a pas pu le terminer cette année (il l’a fait l’année dernière), et je sais s’il a abandonné, c’est qu’il a donné tout ce qu’il pouvait malgré son genou. Et un genou, c’est plus fragile qu’un pied. Donc respect Carl; l’année prochaine ça ira mieux !

Trente sixième kilomètre

Autant j’anticipais la traversée du Bois de Vincennes comme une promenade champêtre (avec pause pipi !), autant je me méfiais — fort de mon expérience de l’année dernière — des dernières boucles dans le Bois de Boulogne. J’étais largement en-dessous de la vérité. Dans le Bois de Boulogne il y a… des pavés ! Et sans doute en hommage au Paris-Roubaix qui se déroule ce même jour, les organisateurs mettent un malin plaisir à nous faire courir dessus.

C’est une torture infernale de courir sur des pavés quand on a une voute plantaire en rébellion, je m’en doutais, j’en ai la preuve…!

Trente septième kilomètre

Les crampes le retour ! Toujours les mêmes deux crampes dans les cuisses, mais plus puissantes encore. Et toujours rien à faire. De toute façon, si je m’arrête, j’ai l’impression que mes jambes se nouerons entre elles comme deux ressorts libres, sans espoir de me relever…

Heureusement que Fayçal est là, avec son T-shirt jaune pour que je ne le perde pas. Il est un vrai lièvre exemplaire, me portant ma bouteille d’eau, anticipant toutes mes envies d’en boire quelques gorgées…

Quarantième kilomètre (rugissants…)

Quand vous franchissez la flamme du 40ème km, vous ne vous dites pas que c’est bientôt la fin. En fait, vous avez le sentiment très précis qu’il vous faudra autant d’énergie pour franchir les deux derniers kilomètres que celle qu’il vous a fallu pour en franchir les 40 premiers.

Et c’est là que la tête commence à ne plus bien fonctionner (à supposer qu’elle marchait encore depuis quelques km, ce qui reste à prouver). Je n’ai plus en tête qu’une question obsédante — et pas si absurde — : pourquoi la plaine de marathon faisait-elle 42km et des brouettes ? Pourquoi pas 41km, voire 40 tout rond !? Personne, personne, n’y aurait trouvé la moindre chose à redire. Ça permettrait de faire du balisage plus simple (le semi marathon serait au 20km pile), et surtout, surtout… j’en aurais fini putain de merde !

Quarante et unième kilomètre

Tout le monde met sa fierté dans des défis absurdes. La mienne est de ne pas m’arrêter de courir avant la ligne d’arrivée. Quoi qu’il arrive, ne pas marcher, ne pas m’arrêter. Et j’en vois des coureurs marchants, voire arrêtés. Aucune supériorité de ma part: chacun aura fait son maximum, et si ce maximum veut dire franchir la ligne d’arrivée en marchant, en rampant, ou pas du tout, c’est à chaque fois au bout de soi-même.

Mes derniers pas sont pathétiques. Je cours, oui, mais à quelle allure ! Mes derniers souvenir sont de voir ma montre m’annoncer un 6 minutes et 20 secondes du kilomètre dont elle s’étonne elle-même. Je n’ai JAMAIS couru aussi lentement mais je suis INCAPABLE de courir plus vite.

Et Fayçal, stoïque, continue à me devancer, le frein à main serré au maximum pour ne pas me lâcher. Me servir de lièvre aujourd’hui est vraiment une abnégation pour laquelle je serai à jamais reconnaissant envers Fayçal !

Quarante deuxième kilomètre

J’ai le souvenir très précis d’avoir fait les derniers hectomètres en courant pieds nus sur des braises — ou tout au moins, le pied gauche coté braises.

Mais je me souviens également du moment où j’ai franchi la ligne d’arrivée et que je me suis dit… eh non, dans ces cas là, on ne se dit pas « je l’ai fait », « j’y suis arrivé », on ne sent pas une félicitée suprême nous envahir. Non, tout cela viendra après. Le seul sentiment, la seule pensée est: « à partir de là, je peux m’arrêter de courir ! » Et croyez-moi, c’est tout ce dont on a besoin à ce moment là…

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Je me traine pendant quelques centaines de mètres, jouant des coudes parmi les coureurs, résistant à la tentation de me vautrer par terre. C’est que la récompense est là dans quelques mètres : ce n’est pas la médaille, ni le maillot… c’est de retrouver sa famille, ses enfants, pour raconter sa course, prendre des photos, et piqueniquer tous ensembles avenue Foch au soleil de printemps !

Après la course

J’ai couru mon premier marathon il y a quelques jours. Quel bilan ?

3h54m15s, c’est mon temps officiel. Pas brillant, pour quelqu’un qui visait les 3h45, avec le sentiment, au vu des ses dernières performances, de pouvoir faire bien mieux encore. Mais 3h54, c’est finalement le juste équilibre entre mon manque d’expérience, mes pépins physiques, mon entrainement hivernal, l’encouragement de ma famille, le soutien de mes amis, l’assistance de mon lièvre. Et franchement, j’aurais pu faire mieux, mais j’ai fait mon maximum…

Aurais-je vraiment pu faire mieux ? Certainement. Il y a pas mal de choses à améliorer: être plus ambitieux pour ma préparation (c’est seulement au bout de quelques semaines que j’ai pu établir un bon rythme d’entraînement), moins boire avant le départ, vérifier son équipement la veille (y compris l’électronique !), rester très concentré pendant toute la course pour ne rater aucun ravitaillement — et surtout, ne pas attendre 11 mois pour soigner son pied, quand il ne reste plus qu’un mois avant le départ de la course !

Et si c’était à refaire ? Le risque après un premier marathon c’est le vide que laisse le projet enfin réalisé. Pour luter contre ce vide, j’ai déjà heureusement fixé mon prochain jalon: mon troisième 20km de Paris, auquel je me suis déjà inscrit pour Octobre prochain.

…et un marathon, serais-je prêt à le refaire ? Hell yes ! Je me suis déjà ré-inscrit pour le Marathon de Paris 2016 !!

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6 commentaires pour Mon premier marathon, récit….

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